Le moteur de notre croissance future, c’est l’Afrique !


Pour les économistes occidentaux, l’Afrique est longtemps restée une promesse. Un potentiel phénoménal dans à peu près tous les domaines, mais des freins multiples qui l’empêchaient toujours de convertir ses atouts innombrables en réussites durables et partagées. L’entrée dans le XXIe siècle a toutefois bouleversé la donne dans de nombreux domaines et l’Afrique semble enfin prête à prendre son véritable envol. A se lancer résolument sur les rails du développement en prenant son destin en mains plutôt qu’en restant soumises aux puissances extérieures, Etats ou grandes entreprises surtout soucieux de leurs propres intérêts. C’est en tout cas la conviction d’Yves Delafon, membre du directoire de BCI Group et président de l’association Africalink, qui fédère des entreprises européennes et africaines autour de cette ambition émancipatrices.

Expert d’un continent qu’il parcourt depuis plus de 40 ans, Yves Delafon est convaincu que l’avenir de l’économie européenne se jouera en partie en Afrique, qui a toutes les cartes en main pour décoller, y compris au plan énergétique.

Cela fait des années que l’on nous promet le décollage de l’Afrique. Qu’est-ce qui vous permet de croire que c’est maintenant que ça se joue ?

Yves Delafon : Il y a un alignement de planètes qui ne s’était jamais produit jusque là. Mais quand on parle d’Afrique, comme d’un tout, on fait déjà fausse route. Car l’Afrique, c’est 54 pays, dont 6 qui font 70% de son PIB. C’est donc une mosaïque très disparate, avec des niveaux de développement, des populations et des ressources très différents. Comme les situations économiques, politiques, géographiques… Cela étant posé, on constate que de plus en plus de pays affichent des taux de croissance élevés, qu’ils se structurent, se développent et pèsent de plus en plus sur l’échiquier mondial. Et le monde entier s’intéresse à l’Afrique.

Qu’a-t-elle de plus intéressant en 2018 qu’en 1998 par exemple ?

Y.D. : Elle est plus que jamais le continent de l’avenir. Une part très importante des ressources naturelles de la planète sont en Afrique, dont 30% des réserves prouvées en énergie fossiles et quasiment 90% du cuivre, sans compter un potentiel solaire infini et plus de la moitié des terres arables inexploitées de la planète. Sur le plan démographique aussi : en 2050, plus de 4 jeunes de moins de 20 ans sur 10 dans le monde seront Africains. Ses besoins en infrastructures pour les vingt prochaines années sont évalués à environ 1000 milliards de dollars par an, ce qui constitue un relais de croissance pour ces pays et les entreprises du monde entier, petites et grandes, parmi les plus prometteurs. L’Afrique, c’est le marché des 50 prochaines années.

Qui dit développement, dit urbanisation, avec des conséquences parfois catastrophiques sur l’environnement quand cette urbanisation se produit de façon anarchique. N’est-ce pas une difficulté que l’Afrique n’a pas encore surmontée ?

Y.D. : L’enjeu, le risque, est en effet majeur. Nombre de pays en ont une conscience aigue et inscrivent l’urbanisation en priorité stratégique. Les autres suivront, car c’est un impératif. En 2025, c’est-à-dire demain, l’Afrique comptera 52 villes de plus d’un million d’habitants et 12 mégapoles de plus de 10 millions, soit un tiers des mégapoles du monde. Ce défi là ne pourra pas être relevé sans spécialistes et une forte coopération internationale. Mais les Africains le savent et s’en préoccupent. Regardez l’exemple de Diamniado, au Sénégal, une ville entièrement nouvelle, moderne, conçue pour désengorger Dakar… il y a encore beaucoup à faire, mais un cap a été franchi.

Il n’y a pas de développement possible sans énergie. Or, l’essentiel des énergies produites en Afrique profitent à l’occident avant de profiter aux Africains. Que peut-on imaginer pour que ça change ?

Y.D. : Avec le soleil, l’Afrique dispose de toute l’énergie dont elle a besoin. Près de Ouarzazate au Maroc, la ferme solaire Noor doit fournir de l’électricité à plus de 2 millions de personnes. D’autres projets plus gigantesques encore sont dans les tuyaux. Et cette énergie là ne peut pas voyager comme le pétrole ou le gaz, dont l’Afrique dispose également en quantité. Comme ce gisement de gaz (Grand Tortue) à cheval sur la frontière entre le Sénégal et la Mauritanie. Plus de 15 milliards de dollars vont être investis là bas d’ici 2022 pour exploiter et liquéfier ce gaz. Cela va entraîner la construction d’infrastructures nouvelles très importantes dans cette région et être un puissant facteur de développement pour les deux pays. Je pense notamment à ce pont qui va remplacer le bac de Rosso avec lequel on franchit jusqu’à présent le fleuve qui sépare les deux pays. L’énergie, qui était jusqu’à présent plutôt un handicap, va devenir un atout majeur pour l’Afrique.

Vous n’exagérez pas un peu ?

Y.D. : Pas du tout. Et tout ça grâce à la technologie. Le solaire, on le voit partout sur le continent, permet aujourd’hui d’électrifier des villages très éloignés des réseaux. Idem pour la téléphonie. L’Afrique ne s’est jamais équipée d’un réseau filaire suffisant, mais avec les technologies mobiles, les africains sont devenus des champions mondiaux de l’innovation en matière de téléphonie et de télécommunications. Ils sont par exemple très en avance sur nous sur le paiement dématérialisé. Au Kenya, 80% de la population à un téléphone mobile pour payer ses achats.

Comment peut-on aider les Africains à aller plus vite ?

Y.D. : Il ne s’agit plus de les « aider ». Il faut sortir de cette logique d’aide aux relents post-colonialistes, de culpabilité un peu condescendante, qui a montré, aux cours des dernières décennies, une efficience très insuffisante. Ce dont le continent a besoin, ce n’est pas qu’on lui tienne la main, c’est d’investissements. D’investissements publics et privés dans le développement. C’est pour cela que je milite pour que l’on cesse d’utiliser les mots « d’Aide Publiques au Développement » (APD), pour les remplacer par des « Investissements Publics au Développement » (IPD). Des investissements raisonnables, plus particulièrement dans les PME, accompagnant de nouvelles opportunités pour les Africains et leurs partenaires. C’est dans cet esprit que nous avons fondé Africalink, pour favoriser les partenariats entre européens et africains qui partagent, à l’évidence, un avenir commun.

Sources